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Ce que révèle la hausse des rendements en Europe
information fournie par TRIBUNE LIBRE 02/09/2026 à 11:38
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Jenny Zeng, CIO Fixed Income chez AllianzGI. (crédit : AllianzGi)

Jenny Zeng, CIO Fixed Income chez AllianzGI. (crédit : AllianzGi)

Par Jenny Zeng, CIO Fixed Income chez AllianzGI


Les rendements obligataires sont en hausse en Europe, sous l'effet de perturbations mondiales et de l'incertitude politique, mais l'évolution des cours reflète également la résilience de l'économie de la zone euro, ce qui pourrait profiter aux investisseurs à long terme.

  • La réévaluation mondiale des durations s'est répercutée en Europe, exerçant une pression à la hausse sur les coûts d'emprunt dans la zone euro.
  • Les marchés intègrent dans leurs cours les effets de l'incertitude politique dans des pays tels que la France.
  • Toutefois, la hausse des rendements reflète également la résilience de l'économie de la zone euro, ce qui laisse entrevoir un contexte plus attractif pour les investisseurs obligataires à long terme.

Les rendements des obligations d'État de la zone euro ont continué à grimper lentement, et cette tendance ne peut plus s'expliquer uniquement par les prix de l'énergie.

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Le sell-off observé en début d'année était facile à comprendre. La hausse des prix de l'énergie consécutive au conflit avec l'Iran a fait grimper les anticipations d'inflation et conduit les marchés à anticiper une politique plus restrictive de la part de la Banque centrale européenne (BCE). Alors que les marchés de l'énergie ont depuis récupéré une part significative de ce choc, ce n'est pas le cas des rendements souverains. En effet, les rendements de la zone euro se situent désormais au-dessus de leurs plus hauts niveaux du printemps, ce qui suggère que d'autres facteurs sont à l'œuvre.

Nous en identifions trois :

1) Répercussions des tendances mondiales

Les marchés obligataires ne fonctionnent pas en vase clos, et la réévaluation de la duration à l'échelle mondiale s'est inévitablement répercutée en Europe. La hausse des rendements aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Japon a exercé une pression à la hausse sur les coûts d'emprunt de la zone euro, indépendamment des fondamentaux nationaux de la région. Pour l'Europe, cela représente un resserrement importé des conditions financières, particulièrement difficile à gérer pour les pays les plus fragiles de la zone euro.

2) L'incertitude politique fait grimper les primes de risque

Le deuxième facteur est d'ordre politique. Le débat budgétaire en France reste en suspens, et les investisseurs exigent une prime de risque croissante face à la perspective d'une dégradation des finances publiques à l'approche des élections présidentielles de 2027. L'incertitude politique s'accroît également ailleurs en Europe. Bien que l'on soit loin d'assister à une répétition de la crise de la dette souveraine de la zone euro, les risques politiques persistants maintiennent les primes de risque à un niveau élevé.

3) Une zone euro résiliente offre de bonnes perspectives de croissance

Le troisième facteur, sans doute le plus important, est plus encourageant. Malgré un contexte globalement négatif, les données économiques de la zone euro se sont discrètement améliorées. La croissance s'est stabilisée, les enquêtes se sont redressées après le recul observé au lendemain de la guerre en Iran. L'Allemagne montre enfin des signes plus convaincants de reprise après plusieurs années de stagnation, tandis que la croissance des bénéfices des entreprises s'accélère. Cette amélioration repose en grande partie sur la réorientation macroéconomique de l'Europe en faveur de vers la reflation intérieure et de l'investissement. Elle profite notamment aux secteurs au cœur de cette réorientation, qui disposent encore d'un important potentiel de rattrapage après une décennie marquée par les pressions déflationnistes et la faiblesse des résultats dans le sillage de la crise de la dette souveraine européenne.

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La reprise reste modeste, mais il est de plus en plus difficile d'affirmer que l'Europe s'enfonce dans la récession. Par conséquent, la hausse des rendements reflète davantage l'amélioration des perspectives de croissance dans un environnement de reflation qu'un signe de tensions économiques ou politiques. Cette hausse des rendements a également coïncidé avec une meilleure performance des actions et des révisions à la hausse des bénéfices.

La hausse des taux de rendement pourrait laisser entrevoir un contexte favorable à long terme

Des taux de rendement plus élevés peuvent refléter une croissance économique plus forte, une inflation plus élevée ou une prime de risque accrue exigée par les investisseurs face aux inquiétudes entourant la soutenabilité de la dette publique. Cette distinction est importante pour construire les portefeuilles et identifier les opportunités d'alpha.

La hausse actuelle des taux de rendement ne s'explique pas uniquement par le risque budgétaire ou par des pressions de marché importées. Elle reflète également une économie plus résiliente qu'anticipé. Cette dynamique pourrait maintenir une pression à la hausse sur les rendements  à court terme, mais elle rend aussi l'environnement plus attractif pour les investisseurs en obligations à long terme. Des taux plus élevés signifient des revenus plus importants, un « carry » plus attractif et davantage de possibilités de tirer parti de l'aplatissement de la courbe des taux. La question n'est pas de savoir s'il faut détenir des obligations, mais comment les détenir pour tirer parti d'un environnement de taux élevés sur le long terme.

Rechercher des opportunités grâce à une approche active et multi-stratégies

Nous conservons une approche active, en privilégiant les opportunités tactiques et de valeur relative par pays sur les taux de référence plutôt que de prendre des positions directionnelles sur la duration.

En ce qui concerne les taux européens, notre positionnement repose sur deux thèmes clés. D'une part, après avoir déjà procédé à une première hausse des taux et alors que les marchés anticipent désormais plus de 50 points de base de resserrement supplémentaire, la BCE se distingue par des anticipations particulièrement agressives par rapport aux autres grandes banques centrales. D'autre part, l'Allemagne s'apprête à accroître substantiellement ses émissions de dette pour financer son vaste plan de relance budgétaire. Dans ce contexte, nous voyons davantage de valeur dans les obligations d'État en euros à court terme que dans les bons du Trésor américains. Parallèlement, la dynamique relative des émissions nous conduit à maintenir une sous-pondération des Bunds allemands à très long terme par rapport aux Gilts britanniques et aux obligations émises par l'Union européenne.

En matière d'allocations stratégiques, nous privilégions les titres de crédit Investment Grade, qui offrent des rendements globaux attractifs. Le «carry» constitue à la fois une source de revenus intéressante et un rempart contre la volatilité des marchés.

Au-delà de l'Europe, nous continuons de privilégier une approche mondiale multi-stratégies obligataires, qui vise la résilience et la génération d'alpha à travers les secteurs, les zones géographiques et les primes de risque. La diversification demeure un amortisseur essentiel de chocs, en particulier pendant les périodes de forte incertitude.

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